IFCAD - Institut de Formation de Cadres pour le Développement asbl


DISCOURS DU 10 JANVIER 2018



Messieurs les Membres du Conseil d’administration,

Madame la Directrice,

Mesdames et Messieurs les Chargés de cours et Professeurs,

Mesdames et Messieurs de l’Equipe administrative,

Mesdames et Messieurs les étudiants,



C’est la tradition de se rencontrer et de fêter l’année nouvelle. Comme toute tradition, elle permet de vivre un moment convivial, de marquer ce moment, de rappeler ce qui s’est passé au cours de l’année écoulée et d’en tirer différents enseignements.


L’année 2017 a été en quelque sorte une année d’approfondissement et de rodage, de la réforme entreprise en 2013.

Cette nouvelle organisation est plus efficace, plus performante et permet aux trois sections, soit la Maitrise en projets, la Maitrise en administration publique et le Bachelier en entreprises, de mieux se connaitre en suivant des cours communs.


La performance de l’année 2016-2017, qui avait vu notre population monter à 80 étudiants, n’a pas été reproduite cette année puisque nous sommes revenus à notre étiage habituel, qui tourne autour d’une soixantaine d’étudiants, exactement 62.


Alors que nous avions accueilli 25 visas pour l’année 2016-2017, nous n’en avons accueilli qu’une dizaine en 2017.


La section « Administration publique », qui est une véritable carte de visite pour notre école, reste active et nous venons d’accueillir ce 8 janvier quatre fonctionnaires du Congo-Brazza ; nous pouvons ainsi pérenniser les liens importants qui nous réunissent à ce pays depuis une quinzaine d’années. L’IFCAD a en effet formé plus de 200 cadres qui se retrouvent pour la plupart à des postes de haute direction. Je me plais à rappeler le rôle important joué par Antoine NGAKOSSO, malheureusement décédé, inspecteur des Finances, dans la promotion de l’IFCAD, rôle repris par Gilbert MOUKOKO. La section « Maitrise en projets » est en croissance, reste le moteur de notre école et correspond aux objectifs de développement que nous défendons constamment : celui-ci doit être endogène et permettre aux peuples africains de prendre leur destin en mains  avec les yeux ouverts!


Nous restons toujours tributaires de la politique de l’Office des Etrangers dont les décisions sont parfois surprenantes à l’égard de candidats-étudiants motivés. Par ailleurs, ses retards nous causent de grandes difficultés dans l’organisation des cours et nous contraignent à devoir concentrer des cours sur des périodes limitées et à organiser des mises à niveau pour les étudiants qui arrivent en retard. Tout cela n’est guère facile, mais l’IFCAD a le sens de l’aboutissement des affaires et est conscient de l’importance de sa mission.



Comme vous le savez, nos étudiants proviennent des nombreux pays de l’Afrique francophone et principalement du Cameroun, du Congo-Brazza et de la RDC. Mais, parmi nous, nous comptons également des étudiants de Guinée, de Madagascar, du Mali, du Maroc, de la Côte d’Ivoire, du Niger, du Rwanda, du Togo, de Tunisie et du Sénégal. Le caractère panafricain de l’Ifcad est donc une de ses caractéristiques de base et se renforce en se diversifiant.


Cette année, notre corps professoral est resté stable et les cours vacants ont été pourvus en interne.


Notre équipe administrative s’est renforcée : M. E. TCHUESSA, engagé à mi-temps, assume différentes tâches liées à l’informatique, comme les cours d’informatique et d’internet, le cybercafé ou l’appui logistique et Mme Jennifer FARACI, également engagée à mi-temps, assume la direction du secrétariat, la gestion des horaires, l’accueil des étudiants. Enfin, une nouvelle secrétaire, Mme Mylhène BUAMBA, nous a rejoints en mai et assume avec Mme FARACI la gestion du secrétariat. Qu’il me soit permis de saluer cette jeune équipe qui fait siennes les préoccupations de l’IFCAD, qui ne ménage pas ses peines pour accueillir les étudiants, pour constituer les horaires et pour contribuer à la réussite et au suivi du projet commun.

Sous l’impulsion de M. TCHUESSA, notre site s’est modernisé : il est plus attractif et plus précis et permet une meilleure communication. Par ailleurs, une plateforme interactive a été mise sur pied qui permet aux professeurs d’intégrer directement les cotes sur le site sécurisé. La réforme informatique n’est pas terminée puisqu’une plateforme de communication avec les étudiants est à l’étude. L’IFCAD ne ménage donc pas ses efforts pour construire une école de 2018, interconnectée et avec pour horizon le monde.



Toutefois, comme nous sommes à l’IFCAD dont l’objectif est le développement en particulier de l’Afrique, je voudrais faire quelques commentaires sur la situation géopolitique du continent.


C’est évidemment la situation en RDC qui requiert notre plus grande attention. Cet immense

Pays, qui compte quatre-vingts millions d’habitants, est malade depuis des dizaines d’années et ne se remet ni de la colonisation, ni du régime de MOBUTU. L’insécurité, voire des guerres larvées règnent au Kasaï et au Kivu et le régime actuel du président Kabila ne parait contrôler effectivement que la région autour de Kinshasa. Alors que le pays est riche en ressources minières et agricoles, les Congolais vivent mal et à la limite de la malnutrition ; toutes les missions essentielles d’un état, qui doit viser la promotion de l’intérêt général, sont négligées, que ce soit au niveau de la sécurité, de l’éducation ou des infrastructures de santé. Enfin, le président,  qui devait remettre son mandat à disposition ; s’y accroche, contrairement au prescrit constitutionnel, et remet constamment à plus tard les élections, provoquant le mécontentement légitime des citoyens. La répression disproportionnée et violente du 31 décembre, condamnée par l’archevêque Laurent MONSENGWO, achève de décrédibiliser un régime de plus en plus contesté et chancelant. Et pourtant, ce grand pays francophone au cœur de l’Afrique détient tous les atouts pour réussir, preuve évidente que l’organisation d’un pays, la poursuite de l’intérêt général, le respect de règles démocratiques sont incontournables. 




Le Congo-Brazza n’a pas été épargné par les troubles puisqu’une rébellion larvée a sévi dans le pool et que, même si une trêve a été conclue en décembre, l’équilibre reste fragile. Sur le plan financier, la chute des cours du pétrole a privé l’Etat congolais de la moitié de ses recettes. C’est pour nous l’occasion de rappeler qu’une économie ne peut se bâtir sur l’exploitation d’une seule ressource naturelle qui est par nature fragile et sujette aux soubresauts du marché sans compter que sa durée d’exploitation est limitée dans le temps. Il faut donc semer le pétrole comme l’avait déclaré un ministre vénézuélien. Force est de constater que cette recommandation n’a guère été respectée et qu’il y a peu de chance que le cours du pétrole remonte dans la mesure où la consommation n’augmente plus à la suite de la concurrence des sources alternatives et à la suite de l’exploitation du pétrole de schiste, particulièrement aux Etats-Unis.


Début de l’année 2013, c’est le MALI qui a été à la une de l’actualité : l’intervention française a permis d’éviter la partition du pays et surtout le chaos avec son cortège d’exactions et de crimes ; la situation est loin d’être réglée avec le NORD mais elle est stabilisée. On peut donc dire qu’on a évité le pire, mais que l’Europe est restée particulièrement frileuse dans cette affaire, se contentant de déployer des moyens logistiques. Les armées africaines sont cependant venues en appui et ont joué un rôle important à côté des forces françaises. En 2014, la situation paraissait figée. En 2017, la situation reste très tendue et la réconciliation entre le nord touareg et le sud est de plus en plus compromise. Fin décembre 2017, le Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel indiquait aussi que « les conditions de sécurité ont été marquées par des attaques asymétriques contre les forces de sécurité et les agents humanitaires […]. Le rétablissement des services publics ne s’est pas déroulé comme prévu et la population de certains secteurs n’a eu d’autre choix que de se rallier à des groupes militants pour obtenir leur protection ».


Par ailleurs, la moitié du Mali, grande comme la France, est difficile à contrôler et la porosité de ses frontières nord, est et sud permet le passage de groupes terroristes, extrêmement dangereux pour la stabilité du pays et de ses voisins. A travers la situation au Mali, c’est donc toute la région du Sahel qui est menacée.


C’est donc également la question de l’efficacité de l’Etat qui est posée, comme elle est posée également dans de nombreux pays africains, et qui rend la formation de l’IFCAD aussi importante. En effet, le développement est entravé par l’absence d’un Etat efficace et non corrompu.


En Centrafrique, après la grave crise de 2013-2014, la situation parait se calmer. Les dernières élections ont pu se dérouler dans le calme. Mais là aussi, il est illusoire de rapatrier à court terme les forces françaises et celles de l’ONU. Dans ces deux pays, la présence de forces étrangères reste indispensable pour éviter le chaos.


Au Burundi, le climat de guerre civile larvée persiste depuis que le président a fait modifier la Constitution afin de pouvoir briguer un troisième mandat. Cette initiative continue de provoquer des troubles importants faisant craindre le pire pour l’avenir du pays. Les pourparlers entre les différents pays de la région n’ont guère abouti et le Burundi s’enfonce de plus en plus dans la crise. La Belgique elle-même est inquiète et joue de toute son influence pour ramener le pouvoir à la raison ; en vain, semble-t-il. Tout cela s’accompagne de nombreuses exactions et crimes.


Les dirigeants africains, en voulant s’accrocher à tout prix au pouvoir en niant les règles constitutionnelles, provoquent des crises destructrices de la démocratie naissante et accréditent l’idée que le pouvoir en Afrique ne se partage pas et ne se remet pas.


La démocratie africaine est donc très malade et, cette fois, les Européens ou les Américains ne portent guère de responsabilité. C’est donc aux Africains de prendre la mesure du problème et de le régler, comme ils l’ont fait au Burkina en empêchant le président de se représenter.


Evidemment, il n’est pas facile de résoudre les problèmes de développement pour des pays dont la population va doubler en 25 ans. En 2050, la RDC comptera 150 millions d’habitants, soit autant que la France et l’Allemagne réunies, le Cameroun près de 50 millions d’habitants et le Congo-Brazza près de dix millions d’habitants. Comment créer des emplois en nombre suffisant dans ces conditions ? Alors que la société numérique ne cesse de réduire les besoins en main d’œuvre en les orientant vers des niches d’hypercompétence et de spécialisation. Comment doter ces pays des nouvelles infrastructures nécessaires en matière d’enseignement ou d’hôpitaux ? Le défi est immense et les risques d’échec tout autant.

A l’IFCAD, on est conscient de ces difficultés et de la complexité de ce grand continent avec lequel plusieurs pays européens partagent une histoire commune -parfois douloureuse- et entretiennent de multiples liens culturels et économiques dont l’IFCAD en est un exemple.

Cette situation géopolitique n’est certes pas facile et on peut regretter que l’Afrique peine à prendre son destin en mains et que l’Europe, empêtrée dans ses contradictions issues de l’histoire coloniale, soit trop souvent en retrait.

Or, c’est bien dans un ensemble euro-africain que l’avenir de l’Europe et de l’Afrique se joue, à côté d’un ensemble asiatique et d’un autre américain.




En effet, je me plais souvent à rappeler que le maintien du français comme langue mondiale et internationale se joue en Afrique dont le français est une des trois grandes langues avec l’arabe et l’anglais. Rappelons que Madagascar, qui avait opté pour l’instauration de deux langues officielles, le français et l’anglais, à côté du malgache, est revenu sur cette décision et la nouvelle Constitution ne maintient plus que le français, à côté du malgache.

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Rappelons aussi que les trois pays du Maghreb et surtout deux d’entre eux, la Tunisie et l’Algérie, après avoir relégué le français dans un statut de langue étrangère et après avoir procédé à une arabisation forcée et systématique, paraissent revenir sur des postions plus nuancées : c’est ainsi que le français revient dans les études primaires en Algérie, le pays le plus francophone du nord de l’Afrique.


La moitié de l’Afrique est sous influence de la langue française, soit qu’elle soit la langue officielle, soit qu’elle soit est une langue largement parlée et connue comme en Algérie, en Tunisie et au Maroc.


Parler une langue internationale est un énorme atout car cette langue véhicule à la fois de multiples valeurs mais permet aussi une large communication. Il faut donc être particulièrement vigilant sur cet atout et ne pas permettre à d’autres de le confisquer ou de l’amoindrir. Comment ne pas déplorer le processus d’acculturation de l’Union européenne qui parait systématiquement privilégier l’anglais, ou ce qui y ressemble, alors que cette langue, depuis le départ du Royaume-Uni, n’est parlée en Europe que par cinq millions d’habitants dans deux pays, Malte et l’Irlande.


Mais la Francophonie n’est pas qu’un espace culturel et linguistique : elle se veut également un espace politique. Comme le rappelait le président de la république malgache, dans son discours d’ouverture du sommet « la Communauté francophone doit peser dans les instances internationales pour établir des relations économiques plus justes, porteuses de valeurs de générosité et de partage ». Ce discours est également le nôtre, c’est également le mien.


C’est grâce à cette présence dans le monde que le français s’impose comme langue mondiale et que l’enseignement du français est aussi important. Rappelons que le français est la deuxième langue étrangère enseignée dans le monde. La réussite des deux écoles de l’IFCAD est évidemment intimement liée au statut du français dans l’histoire et dans le monde.


Voilà les quelques réflexions que je voulais faire devant nos amis africains.



Mais l’année 2017 a été particulièrement dure car nous avons déploré en septembre le décès de Monsieur Guy ANSION. Guy ANSION, un ami personnel, était chargé de plusieurs cours mais, surtout, il a pu reprendre le suivi des projets de nos étudiants. Il a assumé cette mission avec sa compétence habituelle, mais aussi avec cœur et conviction, ne ménageant ni son temps, ni sa patience pour encadrer les travaux.


Malheureusement, nous avons dû également déplorer fin décembre le décès de Monsieur Elie GRANIER, administrateur de l’IFCAD depuis vingt ans, professeur de « Gestion de la Production » et du cours « Présentation des projets » mais aussi infatigable expert dans le suivi des projets des étudiants.


Je me dois d’exprimer à titre posthume tous mes remerciements pour le travail qu’ils ont accompli et qui ont permis à nos étudiants et à l’IFCAD de poursuivre son développent de qualité. Je les regrette énormément.




Pour clore mon intervention, je voudrais remercier particulièrement :


M. Jean-François GOOSSE, administrateur, et le président M. Bernard. CLARINVAL, pour le travail qu’ils accomplissent au sein du CA et pour le soutien sans faille qu’ils apportent au projet de l’IFCAD ;


Monsieur Adalbert MULUMBA, récemment nommé au conseil d’administration, qui assume plusieurs enseignements et qui assure le suivi des projets des étudiants ;


Mme Françoise LAFAUT avec laquelle, depuis plusieurs années, nous nous efforçons de rendre l’IFCAD plus efficace, plus opérationnel ;


Me Pierre JEANRAY, notre avocat et professeur de Finances publiques et d’Introduction au droit privé, qui défend avec la plus grande compétence, malgré un agenda évidemment très chargé, les intérêts de l’IFCAD et qui nous a permis au fil du temps de faire face à de nombreuses difficultés ;


Mme Jennifer FARACI, Mme Mylhène BUAMBA et M. Eric TCHUESSA qui assument leurs fonctions avec efficacité et disponibilité ; je salue ici leur sens de l’accueil et leur sens de l’aboutissement des affaires ;


et naturellement, l’ensemble des chargés de cours.


Pour terminer, je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année 2018.



Michel LEGRAND

Administrateur délégué


Avenue Legrand, 57-59 – 1050 Bruxelles -- 02/640.88.63 -- 02/649.41.09

Compte bancaire n° BE31 2100 6124 6155


Titre : CRÉATION D’UNE UNITÉ DE TRANSFORMATION DE FRUITS EN JUS À DOUALA, CAMEROUN

Rédigé par KAMMEGNE DJIDJOU Patricia

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